Grande Synagogue d’Oran : Un voyage dans l’histoire

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La communauté juive d’Oran ne manquait pas de lieux de prières : la synagogue consistoriale, le kahal de la place de Naples, la synagogue Lasry, du nom de Jacob Lasry qui l’offrit à la communauté en 1863, la synagogue rabbi Youda Moatté, rue d’Austerlitz, la synagogue Ezagouri, rue de Lützen, la synagogue Haïm Touboul ouverte en 1877 rue des Pyramides (entre autres). Mais ces lieux du culte ne suffisaient plus. Trop petits et trop dispersés, ils ne favorisaient pas le rassemblement de la communauté.

Il lui fallait un bâtiment de prestige correspondant à son importance. Le retard était manifeste si l’on songe que la grande synagogue de Mostaganem fut inaugurée en 1857.
C’est au cours de la séance du conseil municipal du 28 septembre 1867, dirigée par le maire Mr Floréal Mathieu que fut prévu l’emplacement de la synagogue à l’angle du boulevard Sébastopol et du boulevard Magenta.
Dix ans plus tard, en 1877, las d’attendre, le consistoire israélite, se référant à cette vieille séance, décide de construire un temple. Le terrain est donné gratuitement par la ville.
La construction va se faire par souscription volontaire en Afrique du Nord, en France. Simon Kanoui fit même une tournée en Angleterre.
Le Crédit foncier de France prêta des sommes importantes. Mais les provisions étaient insuffisantes. Il y eut de longues interruptions de travaux. Il a fallu une foi extraordinaire pour recueillir les fonds nécessaires mais aussi le courage religieux et politique pour mener à bien l’organisation et la direction de l’oeuvre.
Le 11 Mai 1879, Simon Kanoui pose enfin la première pierre de la grande synagogue.
La communauté tout entière s’employa pour que cette oeuvre puisse être enfin achevée. Il faudra attendre 38 ans pour que se réalise ce projet grandiose. Les devis ayant été largement dépassés, la municipalité participe pour clore le budget manquant.
En 1915, Simon Kanoui mourut sans voir l’aboutissement de ses efforts et l’achèvement du bâtiment qui devait être dans son esprit la plus grande synagogue de l’Afrique du Nord.

En 1918, le grand rabbin Weil réceptionna la grande synagogue, ” la plus belle d’Afrique du Nord “. Oeuvre de M. Dagne, élève de Viollet-le-Duc, elle aurait été construite (dit-on) avec des pierres de taille importées de Jérusalem.
Le 12 Mai 1918, l’inauguration a lieu en présence d’une foule énorme de plus de 5000 personnes venues de tous les coins d’Algérie mais aussi de France et de l’étranger. Il n’y eut pas assez de place, mais les prières pouvaient être entendues de la rue.
Toute la nuit l’allégresse et les chants se sont fait entendre, et dans les maisons en paix, les pères levaient les verres en regardant leurs enfants et disaient : ” lekhaîm, lekhaîm ” (à la vie, à la vie).
Mais à cette date-là, la guerre n’est pas encore terminée, aussi le grand rabbin Weil termine son allocution ” en suppliant Dieu de protéger la France, de lui conserver sa force et son prestige, et de lui donner enfin la victoire qu’elle a si bien méritée “.

Vu de l’extérieur, le bâtiment est très important. La façade où une splendide rosace dont les vitraux multicolores illuminent l’intérieur est parée de chaque côté de 2 tourelles de 20 mètres de hauteur où sont accolées deux ailes aux coupoles harmonieuses qui terminent l’ensemble. Ces vingt mètres sont symboliques du désir d’élévation religieuse et témoignent de la liberté de construire en hauteur, trop longtemps réprimée en terre d’Islam.

A l’intérieur trois grandes portes surmontées de vitraux s’ouvrent sur la nef.
Celle ci est séparée des bas-côtés par des arcades décorées d’arabesques et que supportent des colonnes de marbre rouge.
Le coeur est réservé au tabernacle (hekkal) portant gravé au sommet les commandements de Dieu et l’étoile de David que l’on retrouve d’ailleurs dans tous les vitraux.
A l’intérieur derrière une draperie de velours rouge brodée d’or datant de 1845, plusieurs sépharims sont enfermés. (sépher au singulier) Chacun d’eux contient écrit à la main, en hébreu, sur parchemin, le pentateuque ou les 5 livres de Moïse.
En avant du tabernacle on remarque un magnifique candélabre à huit branches, sur le modèle de celui de Jérusalem. (Celui-ci n’a que sept branches, mais il est interdit de le reproduire, d’où la branche supplémentaire)
Au milieu de la grande Nef, la Téba, en noyer ciselé, ainsi que la chaire en pur style oriental.
900 sièges, en chêne massif, occupent le rez de chaussée.

Au 1er étage, sur les côtés et devant les grandes orgues qui comprennent 18 jeux et 900 tubes, sont les places réservées aux femmes, les hommes seuls ayant droit d’occuper le bas pendant les offices religieux.
Le plafond de cet oratoire comme celui des deux bas-côtés du temple est orné d’une Ner-Tamid, (lumière perpétuelle) aux nombreuses veilleuses ajourées, parce que ” la flamme symbolise l’âme “.
Les ampoules électriques sont dissimulées dans de jolies lanternes marquées de l’Etoile de David.
Au premier étage, deux salles servent, l’une aux assises du tribunal rabbinique chargé de trancher les différends religieux, que préside le grand rabbin, l’autre aux délibérations du consistoire.
Dans la première pièce se trouve une grande bibliothèque renfermant toute une littérature religieuse sous forme de manuscrits et de livres vieux de 2 ou 3 siècles.
A l’intérieur se trouvent des plaques où sont gravés les noms des 400 juifs morts au cours de la guerre 1914 -1918.
Le bâtiment est majestueux, très haut, les pères du projet ayant voulu briser par ce symbole une des 12 lois de la charte dite d’Omar sur la dhimmitude qui stipulait que les synagogues ne devaient jamais être plus hautes que les maisons arabes.

Trente quatre ans plus tard, des travaux furent entrepris pour une remise en état du Grand Temple qui n’avait fait l’objet d’aucune réparation depuis sa construction, travaux qui devenaient urgents pour la sécurité de l’édifice et de son auditoire.
Les travaux débutèrent par la réfection de la toiture, où les ardoises furent remplacées par des tuiles, couverture plus appropriée. Ce fut ensuite la remise en état de la voûte, haute de plus de 40 mètres. Ensuite eut lieu la pose de la grille d’entrée en fer forgé, conçue et réalisée par les établissements Bendayan. Sur le plan pratique, elle protège l’entrée du Temple, abri souvent utilisé et pas toujours respecté. Un jardinet orne l’espace libre entre la grille et le porche. Vitraux neufs, peintures intérieures et extérieures, complétèrent les travaux et redonnèrent au Grand Temple d’Oran la splendeur de ses premières années.
Le 14 septembre 1952, le grand Temple d’Oran rénové est inauguré solennellement.
” Ce Temple, restauré dans sa primauté, laisse une impression de grandeur et d’austérité sans pareille ” déclare M. Smadja, avant d’en annoncer la consécration à Simon Kanoui, de sainte mémoire.

A l’Indépendance, la grande synagogue fut transformée en mosquée.
Bien plus tard Henri Chemouilli lui écrivit une ballade :

” Frères musulmans qui notre Dieu priez
Cette synagogue que tant avons chérie
Belle aujourd’hui entre vos mains passée
Appelez-la Mosquée Simon Kanoui “
 (extraits)

Source : Oran Mémoire

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